Coco ! perroquet vert de concierge podagre,
Sur un ventre juché, ses fielleux monologues
Excitant aux abois la colère du dogue,
Fait surgir un galop de zèbres et d’onagres.
Cauchemar, son bec noir plongera dans un crâne
Et deux grains de soleil sous l’écorce paupière
Saigneront dans la nuit sur un édredon blanc.
(…)
Extrait de L'ode à Coco
Ecrit par : Robert en 1919 | 01.05.2006
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
extrait de "à la mystérieuse", [corps et biens, Gallimard]
le premier bouquin qu'allez savoir pourquoi je me suis offert à l'adolescence, et ce malgré le froid bipolaire qui existait à l'époque entre les livres et moi-je
alors merci pour ce moment choisi, très chère, je t'embrasse
selon mes recherches, il date de 1930
et voici ce qu'il raconte quinze ans plus tard, écrit sur un morceau de papier d'emballage retrouvé sur le poète décédé du typhus au camps de Terezín :
J'ai tellement rêvé de toi
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres,
D'être cent fois plus ombre que l'ombre,
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.
ceci encore, quelques jours avant son arrestation :
« Ce que j'écris ici ou ailleurs n'intéressera sans doute dans l'avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J'appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée. Mais cela durera plus longtemps que beaucoup de paperasses contemporaines. »
(...) Corsaire Sanglot, Louise Lame et la chanteuse se désirent en vain à travers le monde. Leurs pensées se heurtent et augmentent leur désir de rencontre en se choquant en des points mystérieux de l’infini d’où elles se réfléchissent vers les cervelles qui furent leur point de départ. Saluons bas ces lieux fatidiques où, faute d’une minute, des rencontres, décisives pour des individus exceptionnels, n’eurent pas lieu. Étrange destin qui fit que le Corsaire Sanglot et Louise Lame se frôlèrent presque sur la place de la Concorde, qui fit que la sirène et la chanteuse passèrent l’une au-dessous de l’autre dans un coin sinistre de la banlieue parisienne, qui fit que moi ou vous, dans un autobus ou tout autre moyen de transport en commun, nous avons été assis face à celui ou celle qui eussent pu servir de lien entre nous, et celui ou celle perdu ou perdue dans nos mémoires depuis des temps et tourments de nos nuits, sans que nous le sachions, étrange destin heurteras-tu longtemps nos sens frustes et compliqués ?
Commentaires
Coco ! perroquet vert de concierge podagre,
Sur un ventre juché, ses fielleux monologues
Excitant aux abois la colère du dogue,
Fait surgir un galop de zèbres et d’onagres.
Cauchemar, son bec noir plongera dans un crâne
Et deux grains de soleil sous l’écorce paupière
Saigneront dans la nuit sur un édredon blanc.
(…)
Extrait de L'ode à Coco
Ecrit par : Robert en 1919 | 01.05.2006
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
extrait de "à la mystérieuse", [corps et biens, Gallimard]
Ecrit par : un corps vivant | 01.05.2006
>Corps et biens
le premier bouquin qu'allez savoir pourquoi je me suis offert à l'adolescence, et ce malgré le froid bipolaire qui existait à l'époque entre les livres et moi-je
alors merci pour ce moment choisi, très chère, je t'embrasse
selon mes recherches, il date de 1930
et voici ce qu'il raconte quinze ans plus tard, écrit sur un morceau de papier d'emballage retrouvé sur le poète décédé du typhus au camps de Terezín :
J'ai tellement rêvé de toi
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres,
D'être cent fois plus ombre que l'ombre,
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.
ceci encore, quelques jours avant son arrestation :
« Ce que j'écris ici ou ailleurs n'intéressera sans doute dans l'avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J'appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée. Mais cela durera plus longtemps que beaucoup de paperasses contemporaines. »
Ecrit par : Gunther | 02.05.2006
c'est lui aussi sur la deuxieme photo?
Ecrit par : mysterieuse xy | 02.05.2006
Ca fout les j'tons !
Ecrit par : Gicerilla | 01.06.2009
(...) Corsaire Sanglot, Louise Lame et la chanteuse se désirent en vain à travers le monde. Leurs pensées se heurtent et augmentent leur désir de rencontre en se choquant en des points mystérieux de l’infini d’où elles se réfléchissent vers les cervelles qui furent leur point de départ. Saluons bas ces lieux fatidiques où, faute d’une minute, des rencontres, décisives pour des individus exceptionnels, n’eurent pas lieu. Étrange destin qui fit que le Corsaire Sanglot et Louise Lame se frôlèrent presque sur la place de la Concorde, qui fit que la sirène et la chanteuse passèrent l’une au-dessous de l’autre dans un coin sinistre de la banlieue parisienne, qui fit que moi ou vous, dans un autobus ou tout autre moyen de transport en commun, nous avons été assis face à celui ou celle qui eussent pu servir de lien entre nous, et celui ou celle perdu ou perdue dans nos mémoires depuis des temps et tourments de nos nuits, sans que nous le sachions, étrange destin heurteras-tu longtemps nos sens frustes et compliqués ?
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