27.01.2007
Au nom de tous les leurres
(…) Ce soir-là, il me parla beaucoup de Schellenberg, mais d’une manière curieusement allusive, comme si je devais comprendre par moi-même : Schellenberg avait des doutes, Schellenberg réfléchissait à des alternatives, mais sur quoi portaient ces doutes, en quoi consistaient ces alternatives, il ne voulait pas le dire. Je connaissais un peu Schellenberg, mais je ne peux pas dire que je l’appréciais. Au RSHA*, il avait une position un peu à part, grâce surtout, je pense, à sa relation privilégiée avec le Reichsführer. Pour moi, je ne le considérais pas comme un véritable national-socialiste, mais plutôt comme un technicien du pouvoir, séduit par le pouvoir en soi et non par son objet. En me relisant je me rends compte que, d’après mes propos, vous pouvez penser la même chose de Thomas ; mais Thomas, c’était différent ; même s’il avait une sainte horreur des discussions théoriques et idéologiques – ce qui expliquait, par exemple, son aversion pour Ohlendorf – et même s’il prenait toujours grand soin de veiller à son avenir personnel, ses moindres actions étaient comme guidées par un national-socialisme instinctif. Schellenberg, lui, était une girouette, et je n’avais aucun mal à l’imaginer travaillant pour le Secret Service britannique ou l’OSS, ce qui dans le cas de Thomas était impensable. Schellenberg avait l’habitude de traiter les gens qu’il n’aimait pas de putes, et ce terme lui convenait bien, et, à y réfléchir, c’est vrai que les insultes que les gens préfèrent, qui leur viennent le plus spontanément aux lèvres, révèlent en fin de compte souvent leurs propres défauts cachés, car ils haïssent naturellement ce à quoi ils ressemblent le plus. Cette idée ne me quitta pas de la soirée et de retour chez moi, tard dans la nuit, un peu gris peut-être, je pris sur une étagère une anthologie des discours du Führer qui appartenait à Frau Gutknecht et me mis à feuilleter, cherchant les passages les plus virulents, surtout sur les Juifs, et en les lisant je me demandais si, en vociférant : Les Juifs manquent de capacités et de créativité dans tous les domaines de la vie sauf un : mentir et tricher, ou bien Le bâtiment entier du Juif s’effondrera si on refuse de le suivre, ou encore Ce sont des menteurs, des faussaires, des fourbes. Ils ne sont arrivés là ou ils sont que grâce à la naïveté de ceux qui les entourent, ou encore Nous pouvons vivre sans le Juif. Mais lui-même ne peut vivre sans nous, le Führer, sans le savoir, ne se décrivait pas lui-même. Or cet homme ne parlait jamais en son propre nom, les accidents de sa personnalité comptaient peu : son rôle était presque celui d’un foyer optique, il captait et concentrait la volonté du Volk pour la diriger sur un point, toujours le plus juste. Ainsi, s’il parlait là de lui-même, ne parlait-il pas de nous tous ? Mais cela, c’est seulement maintenant que je peux le dire.
Les Bienveillantes – Menuet (en rondeaux)
*RSHA : Reichsicherheitsdiensthauptamt, « Bureau central pour la sécurité du Reich »
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Commentaires
un schellenberg peut en cacher d'autres, comprenne qui pourra
Ecrit par : françois | 21.03.2007
(...) En plein génocide, on pouvait entendre à la radio : "Ces gens-là sont vraiment une sale race ! Je ne sais pas comment Dieu pourra nous aider à les exterminer. Il faut s'en débarrasser. C'est la seule solution." Ou encore : "Aussi longtemps que nous resterons unis contre cette vermine, Dieu sera à nos côtés et Jésus nous aidera à les vaincre. Vous qui êtes au front, tenez-bon, la Vierge est avec nous.
http://www.afrik.com/IMG/mp3/Golias_101_Rwanda.pdf
Ecrit par : niki | 07.04.2009
(…) D’abord pro-Tutsi, les Pères Blancs et l’administration coloniale amorcent une volte-face dans les années 1950, au moment où l’élite tutsi, formé en Europe, se laisse gagner par les idéaux tiers-mondiste et manifeste sa volonté d’indépendance, allant même jusqu’à contester l’omnipotence de l’Église. Dans ce pays devenu une théocratie catholique, un royaume dédié au « Christ-Roi », cette revendication apparaît littéralement insupportable aux autorités ecclésiastiques. D’autant plus que la stratégie politique du Vatican est alors de faire du Ruanda-Urundi une base d’implantation en Afrique centrale. L’Église inverse donc ses critères de valeurs, idéalisant les Hutu comme un « peuple de Bantou très croyants, simples mais honnêtes et travailleurs », assujettis par de cruels féodaux hamites ». Dans son célèbre mandement de carême, en février 1959, Mgr Perraudin désigne sans hésiter la « race » tutsi et appelle publiquement à la haine : « Il y a réellement au Rwanda plusieurs races assez nettement caractérisées […]. Dans notre Rwanda […], les richesses d’une part, et le pouvoir politique et même judiciaire d’autre part, sont en réalité en proportion considérable entre les mains des gens d’une même race. » La presse catholique reprend, presque mot pour mot, la propagande antisémite des années 1930. Le Tutsi est désigné à la vindicte comme hier le Juif de Sion.
quand même, ce voyage en Afrique, ces paroles pures comme de l'eau de roche révisionniste et pleines d'espoir, cette morale courageuse, ce dogmatisme (presque) à l'épreuve des balles, tout ça à quelques jours des 15 ans du génocide, fallait oser, chapeau mon salaud !
faut dire aussi, les papes, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît...
Ecrit par : Fernande | 25.03.2009
Je me présente. Mon nom est Cohn, Gengis Cohn. Naturellement, Gengis est un pseudonyme : mon vrai prénom était Moïché, mais Gengis allait mieux avec mon genre de drôlerie. Je suis un comique juif et j’étais très connu jadis, dans les cabarets yiddish : d’abord au Schwarze Schickse de Berlin, ensuite au Motke Ganeff de Varsovie, et enfin à Auschwitz.
[Romain Gary - La Danse de Gengis Cohn]
Ecrit par : el dibbouk de la litteratuur | 30.10.2009
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